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Lionel MAZAUD, nouveau DG de la SARA : pas d’inquiétude pour l’approvisionnement !!!
PAR JEAN-MARC WOLLSCHEID rédacteur en chef de GTMAG.fr
Conférence de presse organisée par Nathalie CHILLAN (Responsable des Relations Extérieures Presse et Institutionnelle), pour la SARA en Martinique aujourd'hui à 15h30 sur le site du LAMENTIN !
Martinique, Guadeloupe, Guyane !!! Le gazole est à 2,27 € le litre, le sans-plomb à 2,10 €, et la SARA est souvent montrée du doigt. Arrivé depuis peu à la tête de la raffinerie du Lamentin, Lionel Mazaud a choisi de recevoir la presse « hors situation de crise » pour s'expliquer : son modèle économique, le prix du gazole en sortie de raffinerie, le brut vénézuélien, l'avenir du site. Pendant trois quarts d'heure, l'ingénieur a répondu sans détour. Voici ce qu'il faut en retenir.
UN NOUVEAU DG QUI VEUT « DÉMYSTIFIER »
Lionel Mazaud a passé trente ans en usine, notamment chez TotalEnergies. Il vient d'une raffinerie du sud de la Bretagne et prend la suite d'Olivier Cotta. La SARA ne lui est pas inconnue : il y était déjà venu à plusieurs reprises avant d'en prendre la direction. Dès ses premières semaines, une chose l'a frappé : « Depuis que je suis là, je vois tout et son contraire. Des images assez négatives et des images très positives. »
Il ne se cache pas derrière le jargon. Le raffinage « peut donner l'impression d'être un monde fermé, peu transparent, ce qui n'est pas le cas ». Son objectif est de remettre les choses « un peu moins dans l'émotion et un peu plus dans les faits ».
Le message auquel il tient le plus : la SARA n'est pas là pour s'enrichir sur le dos des habitants des trois territoires. « En tant que DG, c'est perturbant comme vision, parce que ce n'est vraiment pas le cas. » Il rappelle qu'environ 98 % des salariés sont originaires des territoires et que la SARA est certifiée entreprise à mission. Elle travaille aussi avec les établissements scolaires et finance des doctorants à l'université de la Martinique.
23,5 MILLIONS D'EUROS PAR AN, ET PAS UN CENTIME DE PLUS
C'est le cœur de l'explication. Le métier de la SARA : « acheter du pétrole brut au meilleur prix sur le marché international, le transformer au meilleur coût et le mettre à disposition des trois territoires ». Quand la raffinerie ne produit pas assez d'un produit, elle complète en achetant du gazole ou du carburant aviation déjà raffinés. Tout cela est revendu à prix coûtant.
Comment gagne-t-elle de l'argent, alors ? Par une rémunération fixe, prévue par la réglementation propre aux Antilles-Guyane : 23,5 millions d'euros par an, pour un chiffre d'affaires d'environ 1,2 milliard d'euros. Cette somme est incluse dans le prix facturé aux distributeurs. Elle rémunère le service rendu et environ 800 millions d'euros de capitaux engagés (raffinerie, stocks, installations).
« Que le pétrole brut soit cher ou pas cher, que les produits finis soient chers ou pas chers, cela ne change strictement rien à la rémunération de la SARA. »
Dans l'Hexagone, rappelle-t-il, « il n'y a pas de rémunération garantie et chacun se débrouille ». Ici, ce choix a été fait il y a longtemps, et le prix à la pompe est fixé chaque mois par le préfet « à livres ouverts ».
1,54 € EN SORTIE DE RAFFINERIE
Interrogé par GTMAG.fr sur la décomposition du litre de gazole à 2,27 €, Lionel Mazaud sort son téléphone : 1,54 € le litre en sortie de raffinerie. Il a fait le calcul. Avec les cours mondiaux actuels, autour de 900 dollars la tonne, on arriverait à environ 1,52 €, mais sans le transport ni la mise à disposition. Conclusion : « Aujourd'hui, le fait d'avoir la raffinerie nous économise un petit peu d'argent. »
Et le reste, jusqu'aux 2,27 € affichés à la pompe ? Taxes, distribution, marges des stations : « Ce qui se passe au-dessus, ce n'est vraiment pas dans nos mains. » La SARA dit publier chaque mois des infographies sur Facebook. Plusieurs confrères ont fait remarquer que la décomposition détaillée n'y figure pas.
POURQUOI C'EST SI CHER : LA PEUR DE MANQUER
Pour le DG, la flambée ne vient pas d'un manque de pétrole mais de la peur d'en manquer. « Il y a une énorme instabilité mondiale. Tout le monde veut être sûr d'avoir le produit, donc tout le monde est prêt à payer un petit peu plus cher. » Que les navires passent ou non dans le détroit d'Ormuz, la simple crainte d'un blocage suffit à faire grimper les cours.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : l'avant-dernier navire de brut acheté par la SARA a coûté 70 millions d'euros. En début d'année, une cargaison comparable lui avait coûté 111 millions. Et refuser de payer n'est pas une option : « Si on dit non, l'alternative, c'est juste de ne pas l'avoir. »
DES BATEAUX ACHETÉS 80 JOURS À L'AVANCE
Faut-il craindre une pénurie, comme dans certains pays ? Non, assure-t-il. Les cargaisons sont achetées environ 80 jours avant leur arrivée, et un pétrolier arrive tous les mois à mois et demi. « Aujourd'hui, il n'y a pas d'inquiétude dans cette partie du monde et sur les types de bruts qu'on achète. » Et de résumer : « Les prix sont élevés, mais on trouve des molécules. » Des équipes sont chargées d'anticiper en permanence les achats de brut, ou de produits finis si besoin, pour que les bateaux arrivent à temps.
LE BRUT VÉNÉZUÉLIEN ? « IL NE NOUS INTÉRESSE PAS »
C'est la question qui revient sans cesse, et elle l'agace un peu. Pourquoi aller chercher du brut en mer du Nord alors que le Venezuela est à notre porte ? « Chaque raffinerie a ce qu'on appelle un design, une capacité à traiter un pétrole brut d'une certaine qualité. » Celle du Lamentin a été conçue pour les bruts de mer du Nord.
Le brut vénézuélien est un brut lourd, qui donne surtout du fioul et du bitume. Or « on n'a pas de marché pour le bitume » et la raffinerie produit déjà assez de fioul. Ce qu'il faut ici, c'est de l'essence et du gazole. Ce brut encrasserait plus vite les installations, contient trop de soufre et ne serait pas moins cher. Il intéresse plutôt les énormes raffineries du sud des États-Unis, équipées pour le transformer.
Faire venir du brut de loin n'a rien d'exceptionnel, ajoute-t-il. Dans la raffinerie bretonne d'où il arrive, le pétrole venait pour un tiers des États-Unis, pour un tiers du Brésil et pour un tiers d'Afrique de l'Ouest.
CE QUE LA SARA PRODUIT VRAIMENT
La raffinerie ne couvre pas tous les besoins. Elle produit environ :
75 % du gazole consommé sur le marché ;
autour de 70 % du sans-plomb ;
35 à 40 % du carburant aviation.
Le reste est importé déjà raffiné, au prix de la cotation de référence, celle du golfe du Mexique (US Gulf Coast). « Plus on tourne, plus on produit, moins on achète, parce que c'est quand même plus intéressant. » Comme toutes les raffineries, la SARA exporte aussi certains composants en trop et en achète d'autres pour respecter les normes. À Rotterdam ou au Havre, ces échanges passent par des tuyaux. Chez nous, loin de tout, ils passent par des bateaux qui font la navette, d'où cette impression d'allers-retours permanents.
LA BAISSE PROMISE PAR L'ÉTAT ? PAS DE RÉPONSE POUR L'INSTANT
Le gouvernement promet une baisse de 12 à 28 centimes sur le gazole dès novembre, grâce à des stocks stratégiques cédés à prix de revient. Les automobilistes des Antilles-Guyane en profiteront-ils question de GTMAG.fr ? Lionel Mazaud ne peut pas répondre : les modalités pratiques ne sont pas encore connues, même dans l'Hexagone.
Il précise surtout que la SARA ne détient pas de stocks stratégiques sur les trois territoires, mais des stocks « qui roulent assez vite ». Ils ont été achetés au prix du marché, et la réglementation actuelle ne permet pas de les céder autrement. Il défend en revanche la formule de calcul des prix, qui a « le grand mérite de lisser les choses » : les hausses arrivent moins vite, et les baisses aussi.
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MOINS DE DIESEL, PLUS DE SANS-PLOMB
Martiniquais, Guadeloupéens et Guyanais roulent-ils moins depuis la flambée ? Pas vraiment, du moins pas « sur les dernières semaines et les derniers mois ». Le DG ne voit pas chez nous le « moins 17 % » constaté dans l'Hexagone. Avec très peu de transports en commun, la voiture reste incontournable. La vraie tendance est ailleurs : depuis cinq à six ans, le gazole recule de 3 à 5 % par an, compensé par le sans-plomb. Le volume global, lui, bouge peu.
RAFFINERIE OU FUTUR DÉPÔT ?
La question qui fâche a été posée par GTMAG.fr : avec 736 000 tonnes de brut traitées en 2012 contre 434 000 en 2019, la raffinerie va-t-elle finir en simple dépôt de carburant ? « Ce n'est pas l'objectif, je pense avoir été assez clair. »
Il explique la baisse par une période difficile autour de 2020 : des équipements à remplacer en dehors des grands arrêts, puis le grand arrêt de 2021 en plein Covid et un redémarrage compliqué. En 2026, la disponibilité de l'usine est « très élevée », avec une prévision de 582 000 tonnes de brut traitées. Il rappelle aussi que le monde a changé depuis 1971 : le soufre n'était pas un problème à l'époque et les centrales électriques au fioul consommaient beaucoup. « Il ne faut pas comparer des périodes qui n'ont strictement rien à voir. »
NOVEMBRE, PUIS 2028 : LES GRANDS CHANTIERS
En novembre : 15 jours d'arrêt pour nettoyer des équipements encrassés et retrouver le débit maximum.
En 2028 : le grand arrêt, qui revient tous les sept ans. Des fours seront remplacés par des modèles plus efficaces.
Après 2028 : de vieilles chaudières remplacées par une turbine à combustion qui produira électricité et vapeur, puis une turbine à vapeur remplacée par un moteur électrique. Objectif : moins de CO2 grâce à un meilleur rendement.
DÉCARBONATION : PAS D'EFFET D'ANNONCE
Hydrogène vert, biocarburants ? Lionel Mazaud refuse de promettre la lune. Il distingue « la brique technologique » (des procédés qui ne sont pas encore mûrs, comme les électrolyseurs industriels) et « la brique économique » (des carburants verts parfois quatre fois plus chers que leur équivalent fossile). « Je ne peux pas faire d'annonce, mais on travaille dessus. »
AUX JEUNES : « L'INDUSTRIE, C'EST SUPER ! »
Dernière question : quel message aux jeunes Martiniquais qui hésitent à se lancer dans les métiers de l'énergie ? L'ingénieur ne se fait pas prier. « J'ai fait trente ans en usine, j'ai plutôt essayé d'éviter les tours de la Défense ! » Pour lui, l'Europe a trop délaissé les métiers techniques et « l'avenir est plutôt à réindustrialiser nos territoires ».
La SARA et ses entreprises partenaires recrutent dans tous les profils : administratifs, opérateurs, soudeurs, tuyauteurs, mécaniciens, électriciens, électroniciens… « On recherche toujours du monde. » À condition, prévient-il, d'accepter le travail en 3×8 et des règles de sécurité très strictes.
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